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Le droit peut-il être garant de la rationalité sociale ?
dimanche 12 janvier 2014

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Descriptif

Conférence de Mikhail Xifaras dans le cadre des Lundis de la philosophie.

 "Depuis le XVIIIe siècle, la philosophie se propose de faire la critique du droit. Selon le dispositif de cette critique il revient à la philosophie, ou à la raison publique, de rationaliser les institutions existantes de l’extérieur, selon un processus qui conduit de l’exposition des principes rationnels du droit à leur promulgation sous forme de lois codifiées et à leur application par des juristes politiquement neutralisés, dont le rôle se cantone à dire le droit sans le créer. Ceci exige que l’arbitraire des juristes puisse être soumis à des procédures, des modes de raisonnement et d’argumentation susceptibles de contraindre leur volonté. Le droit n’est rationnel que si la raison pratique qui gouverne son fonctionnement peut déterminer (au moins en gros) les décisions des acteurs. On se représente donc le droit comme un système à la fois complet et cohérent, d’où procèdent les principes généraux qui permettent la déduction des règles applicables aux cas. Max Weber a sans doute exprimé mieux que personne la foi dans la capacité de la raison juridique formelle et procédurale à rationaliser nos mondes vécus et à incarner le mode de légitimation privilégié de nos sociétés "désenchantées". Hélas, deux siècles de critique interne du droit plus tard, des bibliothèques entières ont été consacrées à la mise en lumière des contradictions, ambivalences, zones d’ombre et lacunes des systèmes juridiques, à la réversibilité des raisonnements et des arguments, à la part irréductible de discrétion dans les décisions des acteurs etc. Le récit de la mort de la raison" n’a pas épargné la raison juridique, au point qu’on peut se demander si le droit est tellement plus rationnel que les mondes vécus qu’il prétend rationaliser. Partant de ce constat, on peut continuer à croire dans la raison juridique (déni), faire comme si on y croyait encore pour sauver la machine (cynisme), mais on peut aussi estimer qu’il n’est pas nécessaire de croire dans le droit pour y recourir et plaider pour sa dé-fétichisation."

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Auteur(s)
Mikhail Xifaras
Ecole de droit de Science Po
Professeur des universités

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Cursus :

Titulaire d'une agrégation de l'enseignement supérieur en droit public (2004) et de philosophie (1993), Mikhail Xifaras est docteur en philosophie (prix de thèse de L'Université de Besançon, 2001). Il est également diplômé de l'École Normale Supérieure de Fontenay-Saint Cloud (1990).

Avant de rejoindre Sciences Po, il a été professeur de droit public à l'Université d'Orléans, membre junior de l'Institut Universitaire de France (chaire de Philosophie du droit 2006-2011), chercheur invité au Centre des Humanités de l'Université de Kyoto (Japon, 2008), chercheur invité au centre Perelman et lauréat du Prix Ouverture Internationale de l'ULB (Bruxelles, 2003), boursier Marie-Curie (Commission Européenne, 2003), Visiting Fellow à la Harvard Law School, lauréat d'une bourse Fulbright (2000), lauréat d'une bourse de la Fondation Thiers (1999).

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Dernière mise à jour : 17/02/2015