Aussi ouvert que possible ?
Marin Dacos (Coordinateur national de la science ouverte au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche)
La science ouverte est la diffusion des résultats de la recherche sans entrave et sans paiement. Elle représente une importante opportunité pour améliorer la qualité et le rayonnement de la recherche, mais aussi pour renforcer le lien entre science et société. Il s’agit d’abandonner les barrières à l’accès que constituent les abonnements aux revues scientifiques et de travailler à la diffusion de la matière première de la connaissance que sont les données de la recherche. Ce processus est mondial et concerne toutes les disciplines. La France a défini sa stratégie en 2018 en publiant le Plan national pour la science ouverte. Par ailleurs, depuis la loi d’octobre 2016, le législateur a fait le choix de mettre en place un principe d’ouverture par défaut des données produites dans le cadre de missions de service public.
La transposition de ce principe au secteur de la recherche publique pose des questions qui peuvent rapidement devenir complexes, qui a souvent été résumée par « aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire ». S’impose une approche mesurée, progressive et adaptée. Les communautés scientifiques doivent définir leurs bonnes pratiques en fonction de la complexité et de la sensibilité de leurs données.
Ouvrir les données de la recherche sur les sociétés contemporaines
« Aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire ». Le mouvement d’ouverture des données de la science, porté par des convictions scientifiques (la science comme bien commun) et éthiques (lutte contre le plagiat, lutte contre les fraudes scientifiques), se heurte aujourd’hui à plusieurs questions difficiles : cultures scientifiques incompatibles ou impérialistes, relations de pouvoir entre observateurs et observés, crainte de la bureaucratisation liée aux réglementations, risque de routinisation de la recherche scientifique. On fera ici le pari que l’anthropologie sociale, du fait même de sa douloureuse histoire (dénonciation ou participation à des génocides, complicités dans l’exploitation des ressources et la destruction de l’environnement, liens supposés avec les impérialismes et les colonialismes, enjeux identitaires et luttes autour des frontières nationales), peut aider à clarifier les enjeux pédagogiques et épistémologiques du rapport aux données confidentielles, marchandisées, publiques et de la construction des métadonnées. Comment surmonter la tension entre l’exigence de transparence et de reproductibilité des données de la recherche et l’exigence de protection des données personnelles, qui concerne à la fois l’enquêteur et l’enquêté ?
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Cursus :
Marin Dacos est Directeur du Centre pour l'édition électronique ouverte (Cléo). Agrégé d'histoire, ingénieur de recherches au CNRS, il dirige OpenEdition, portail d'édition électronique qui a le statut d'équipement d'excellence (Equipex). OpenEdition intègre Revues.org, qu'il a fondé en 1999, Calenda, Hypothèses ainsi qu'OpenEdition Books. Il dirige OpenEdition Press. Il est spécialiste de Digital Humanities et d'édition électronique. Il anime un séminaire à l'EHESS sur les Digital Humanities avec Aurélien Berra et Pierre Mounier. Il a créé le premier THATCamp européen (THATCamp Paris) et est un des rédacteurs du Manifeste des Digital Humanities. Il a reçu le Cristal du CNRS.
Cliquer ICI pour fermerDernière mise à jour : 08/06/2026