Qui protéger, consentir à quoi, enquêter comment ? Les sciences sociales face à la bureaucratisation de la vertu scientifique
Johanna Siméant-Germanos (Département de Sciences sociales de l’ENS, UMR CMH)
Les sciences sociales se trouvent aujourd’hui à un moment particulier qui transforme, parfois drastiquement, leurs conditions d’exercice. Comme le reste des sciences, elles sont affectées par plusieurs processus dont les causes, comme les temporalités, ne sont pas toutes les mêmes : insistance accrue sur les questions d’intégrité et de déontologie, consentement des sujets de l’enquête, science ouverte, principe du « FAIR », RGPD, vérifiabilité et reproductibilité… Toutes ces évolutions ont leurs logiques propres. Elles semblent de surcroit répondre chacune à de louables intentions. Pourtant, plusieurs de ces évolutions ont déjà suscité, non seulement ironie et soupirs des chercheurs, mais aussi inquiétude et critique. Il s’agira ici de comprendre comment ces évolutions parfois très différentes finissent, du fait de leur combinaison, par restreindre l’autonomie de la recherche quant à ses méthodes, et à produire des paradoxes voire des double binds quant à ce qui est requis des chercheurs. On s’interrogera sur ce que ces évolutions font au contenu même des recherches en sciences sociales, et aux ripostes possibles.
Ouvrir les données de la recherche sur les sociétés contemporaines
« Aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire ». Le mouvement d’ouverture des données de la science, porté par des convictions scientifiques (la science comme bien commun) et éthiques (lutte contre le plagiat, lutte contre les fraudes scientifiques), se heurte aujourd’hui à plusieurs questions difficiles : cultures scientifiques incompatibles ou impérialistes, relations de pouvoir entre observateurs et observés, crainte de la bureaucratisation liée aux réglementations, risque de routinisation de la recherche scientifique. On fera ici le pari que l’anthropologie sociale, du fait même de sa douloureuse histoire (dénonciation ou participation à des génocides, complicités dans l’exploitation des ressources et la destruction de l’environnement, liens supposés avec les impérialismes et les colonialismes, enjeux identitaires et luttes autour des frontières nationales), peut aider à clarifier les enjeux pédagogiques et épistémologiques du rapport aux données confidentielles, marchandisées, publiques et de la construction des métadonnées. Comment surmonter la tension entre l’exigence de transparence et de reproductibilité des données de la recherche et l’exigence de protection des données personnelles, qui concerne à la fois l’enquêteur et l’enquêté ?
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Cursus :
Johanna Siméant-Germanos est professeure de science politique et directrice du département de sciences sociales de l'ENS-PSL.
Diplômée de l’IEP d’Aix-en-Provence (1990), Johanna Siméant-Germanos est docteure en science politique de l'IEP de Paris (1995) et agrégée de science politique (1997).
Après avoir été en poste aux universités de Versailles Saint-Quentin, La Rochelle, Lille II et l'Université Paris I Panthéon Sorbonne (CESSP), elle est actuellement professeure de science politique au département de sciences sociales de l’École normale supérieure. Elle a été responsable du GDR CNRS « Crises extrêmes » (2003-2009) et membre (junior) de l’Institut universitaire de France de 2007 à 2012.
Co-directrice de la revue Genèses, anciennement membre de la Revue française de science politique, spécialisée en sociologie politique, ses principaux thèmes de recherche portent sur les mobilisations, l’engagement, l’action humanitaire et l’internationalisation du militantisme, notamment dans le cadre de travaux consacrés aux extraversions militantes en Afrique, et aux pratiques protestataires au Mali.
Cliquer ICI pour fermerDernière mise à jour : 08/06/2026