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L’Éducation de Mowgli dans et par la jungle
samedi 05 décembre 2015

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Descriptif

Conférence de Jaine Chemmachery lors du colloque "Les enfants sauvages" organisé par Déborah Lévy-Bertherat  et Mathilde Lévêque du département Lila ENS.

Si l’adaptation des Jungle Books par Disney en 1967 a constitué un divertissement plaisant, elle a certainement édulcoré le texte original de Kipling, oublieuse par exemple du caractère extrêmement policé de la jungle. Les loups se réunissent régulièrement en conseil sous l’égide d’un chef et les décisions concernant le pouvoir y sont prises de manière collégiale, rappelant un système politique démocratique où la représentativité a cours.
C’est dans ce contexte que Mowgli, le petit d’homme (« man-cub »), est présenté à la meute par un couple de loups qui le recueille et réussit à l’en faire accepter. Certes, Mowgli, lorsqu’il prend conscience de sa nature humaine, prône la supériorité de l’humain sur l’animal. C’est ce qui conduit John McClure, en 1981, à considérer ces écrits comme des fables sur l’idéal politique impérial, « a fable of imperial education and rule, with Mowgli behaving towards the beasts as the British do to the Indians…To be above yet to belong, to be obeyed as a god and loved as a brother, this is Kipling’s dream for the imperial ruler, a dream that Mowgli achieves » (McClure 60). La voix narrative du texte de Kipling ne propose pourtant pas une dichotomie aussi marquée entre nature et culture, entre monde humain civilisé et jungle sauvage. Ainsi la figure de Mowgli n’est-elle pas une variation sur la possibilité d’une éducation sans langage. Au contraire, l’ours Baloo enseigne à l’enfant la multiplicité des langues parlées dans la jungle ; de même, Mowgli perd une famille humaine pour en retrouver une nouvelle, et même plusieurs, dans la jungle (cf. Randall Jarrell).
Les Jungle Books proposent peut-être une vision idéalisée de la vie au sein du monde animal et de la nature ; pour autant, ils mettent en avant la dimension potentiellement dangereuse de la nature lorsque l’on n’y vit pas selon la fameuse Loi de la jungle (« Law of the jungle ») qu’il est donc nécessaire d’acquérir. La punition n’est jamais loin en cas de désobéissance à la Loi, notamment lorsque celle-ci met en danger la vie d’autres animaux. Plus qu’un paradigme dans lequel l’enfant sauvage vivrait en harmonie avec les animaux dans une sorte de paradis utopique, les Jungle Books semblent proposer un modèle d’éducation et de civilisation alternatif, dans le respect de certaines règles ; modèle soumis à une forme de violence faisant partie intégrante, semble-t-il, d’un processus d’acculturation.

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Auteur(s)
Jaine Chemmachery
Université de Paris 1-Sorbonne
Professeur

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Cursus :

Ancienne élève de l’ENS Lyon, Jaine Chemmachery est actuellement PRAG à l’Université Paris 1 – Sorbonne et rattachée au Texte étranger, à l’Université Paris 8. Sa thèse porte sur les nouvelles sur l’Empire de R. Kipling et S. Maugham et sur le rapport entre colonialisme, modernité et genre de la nouvelle (2013). Ses champs de recherche comprennent les études postcoloniales, le modernisme et la nouvelle. Elle a récemment écrit un article intitulé « Spatial, Temporal and Linguistic Displacement in Kipling’s and Maugham’s Colonial Short Stories: The Disrupting Power of the “Colonial” in Modern Short Fiction » (à paraître).

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Dernière mise à jour : 28/01/2016